Dépêche AFP 29/09/2003 – 15h55

 

La sécu perd une bataille contre les cigarettiers à Saint-Nazaire


 

La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Saint-Nazaire, dont la plainte contre les fabricants de tabac était suivie de près par les 139 autres caisses locales et la caisse nationale, a vu son point de vue rejeté lundi par la justice.

 

Le tribunal de grande instance de la ville, en déclarant la procédure "irrecevable", a estimé qu'une CPAM ne peut pas, juridiquement, reprocher à des cigarettiers de nuire à la santé des assurés sociaux.

"C'est une très lourde défaite", a reconnu Me Francis Caballero, l'avocat de la CPAM, estimant que les caisses "sont réduites à des cochons de payants, qui gèrent les conséquences du tabagisme sans pouvoir responsabiliser l'industrie".

 

Lors de l'audience, le 26 juin, l'avocat avait tenté de démontrer que les fabricants de cigarettes sont responsables des maladies liées au tabagisme, parce qu'ils ont tardé à indiquer les dangers du tabac aux fumeurs, et parce qu'ils continueraient à minimiser les risques de la fumée.

 

Il avait demandé à la justice de condamner Altadis (ex-Seita), Philip Morris, JTI-Reynolds et BAT-Rothmans à payer ensemble 18,66 millions d'euros à la CAPAM de Saint-Nazaire.

 

La somme correspondait au coût du traitement, évalué par la caisse, de 1.023 assurés sociaux ayant souffert de cancers et de maladies artérielles à cause du tabac depuis avril 1997.

 

Les avocats des cigarettiers ont salué, lundi, une décision donnant raison à leur ligne de défense, qui consistait à dénier aux caisses le droit d'engager des actions contre des tiers à la suite de maladies.

 

Déboutés

Selon Me Pierre-Louis Dauzier, conseil d'Altadis, le jugement de Saint-Nazaire sanctionne l'échec d'une stratégie consistant à "instrumentaliser la justice à des fins de propagande anti-tabac".

 

Pour Me Caballero en revanche, "cinq ans de combat acharné aboutissent à un rejet sur un simple point technique, discutable de surcroît".

 

"On voit que l'on n'est pas aux Etats-Unis", a ajouté l'avocat, qui défend également le Comité national contre le tabagisme.

 

La justice a débouté, jusqu'à présent, les fumeurs ou leurs familles qui intentaient des procès aux cigarettiers pour manque d'information sur les dangers du tabac.

 

Les fabricants ont, en revanche, été souvent condamnés en France pour des infractions à la loi de 1992 sur la publicité sur le tabac.

 

La CNAM a déclaré dans un communiqué qu'elle allait "étudier" le jugement: "L'assurance maladie va prendre connaissance, étudier les attendus de la décision avant de se prononcer", a indiqué l'organisme, jugeant peu probable de pouvoir le faire avant mardi.

 

La CPAM de Saint-Nazaire va, elle aussi, analyser les attendus, avant de prendre une décision sur la suite d'une procédure qui lui a déjà coûté 80.000 euros.

 

Raymond Munch, son directeur, a en tous cas affirmé lundi que l'organisme était "dans l'air du temps" en s'en prenant aux cigarettiers. "Après l'audience de juin", a-t-il expliqué, "beaucoup de fumeurs nous ont appelé pour nous demander de l'aide pour arrêter. Ce procès est un premier pas".

 

Le tabagisme est à l'origine d'environ 60.000 décès par an en France.